Support de cours
:
pour une sensibilisation de la pierre sèche: Du mur de soutènement
à une expérience de nous-mêmes...
>
Page en construction, il y aura deux supports: le
soutènement et le tridimensionnel. Ces supports provisoires
seront modifiés et corrigés au fur et à mesure durant
toute l'année 2011, pour donner ce qui me semble essentiel....
il y aura aussi des photos... Les supports seront finis en
fin d'année, j'espère...
Nous parlerons essentiellement du métier... l'esprit du lieu,
l'accueil, le travail d'équipe, la méthodologie, le mur de
soutènement, le mur tridimensionnel, se définir.... et bien sûr
l'aspect philosophique.
"C'est en faisant que nous nous faisons"
Lanza Del Vasto
Savons-nous vraiment ce que nous faisons? Qu'est-ce que
c'est la pierre? Pourquoi l'homme la travaille-t-il depuis
toujours? Quel effet a une forme, une structure dans l'espace?
C'est autant de questions que l'on pourrait se poser
différemment à chaque fois que nous rencontrons un métier
pour autant que l'on soit un curieux de la vie. Le métier a son
mode d'apparence et son mode réel d'existence. Il y a des liens
à découvrir et un travail d'investigation à faire pour
comprendre les forces avec lesquelles nous travaillons. La
fonction, le sens, l'enseignement, la teneur et la portée d'un
métier, quel qu'il soit dans l'organisme social, sont des
réalités qui nous construisent. On peut parler de terreau de
notre condition humaine: la Terre. Et même si le passé nous a
laissé un héritage, nous voyons bien que lorsqu'il s'agit de
création, nous ne sommes plus dans ce que le passé a conduit
jusqu'alors, pas plus que d'une projection par la pensée dans un futur qui
n'existe pas. Il me semble qu'il y a quelque chose d'autre qui se libère dans
l'acte de créer, de soigner la terre, dans l'alignement d'un axe
qui n'est pas assujetti à soit du passé soit du futur.
******************************************************
I :
Avant le chantier
Le
métier de la pierre sèche n'est vraiment pas compliqué. Il
suffit de rester l'enfant que nous sommes. Là, par contre,
commence les complications car nous touchons aux motifs de la
liberté humaine. Vous savez, je veux parler de cet enfant
intérieur que des connaissances et des chiffres sans écho ont
voulus gommer de la carte de la vie, déjà à l'école, lorsque
nous avions tant besoin de courir dans les bois et dans les
clairières, et ensuite, après l'école, notre vie durant, de
normes en normes, de devoirs inutiles en devoirs inutiles et de
lois en lois. Il ne s'agit pas de renier les normes, nous en
avons besoin, mais un excès de normes créer la déstructuralisation de la société, donc celle des individus qui
la composent. Quant aux études, les
connaissances et les sciences, il s'agit de discerner ce qui
rassemble vers une immense cohérence de ce qui nous en isole en
nous faisant croire que nous sommes intelligents.
L'étude est importante et d'autant
plus fondamentale lorsque celle-ci nous permet d'insuffler de la
vie et non d'étouffer l'intelligence de l'Existé ou de répéter
inlassablement et inconsciemment du passé.
A commencer par l'étude de soi-même, bien entendu.
On pourrait dire en quelque sorte que de rester en relation avec
son enfant intérieur est un métier. Le métier lucide de l'homme
debout. L'essai de notre vie, pour résumer. En chaque homme un
essayiste, n'est-ce pas! Je pense que la manière dont ont voit
notre travail dépend de nos actes de conscience avec lesquels
nous nous associons à des modèles de références sensés. Et dans
ce sens, la manière de vivre pleinement notre travail peut
évoluer, et bien
que chacun espère obtenir la reconnaissance sociale, le fruit de
notre travail est sans propriétaire. Ainsi, trouver le sens noble à ce
que l'on fait dépend en grande partie du sens talentueux que
l'on portera pour le travail des autres et de comment répondre
aux besoins de la
culture de notre époque. Cette qualité s'acquiert par le
discernement et l'attention. L'enthousiasme peut dès lors
nous transporter. Les flammes sont allumées et elles nous
donneront l'occasion d'engager toutes nos forces du cœur et de
volonté.
Au terme d'un entraînement qui dure
depuis trente ans, je peux dire aujourd'hui que le
travail de la pierre sèche est avant tout un Jeu de
relation. Un "Je" dans le "Jeu minéral" si vous préférez. Reste
encore à discerner et l'un et l'autre. Et ce minéral est en
nous, semblable à un achèvement parfait de la matière dans notre
corps physique.
Les enjeux
de la vie quotidienne qui
nous coproduisent nous durcissent souvent le cœur qui est le siège de
notre enfant intérieur. Difficile de coopérer avec la vie, si
notre mental est en activité orbitale, si démesuré de lui-même,
avec un dit "moi", sans cesse préoccupé
par ce qui le coproduit à l'intérieur des inférences de tout
système. La
première chose qui se remarque sur le chantier, c'est ce qui
s'est passé avant le chantier. Comment est-on intérieurement?
Qu'est-ce que nous reflétons au son du jour ? Et dans une équipe,
tout transparaît immédiatement. Cela peut être contagieux,
l'enthousiasme comme le mal être et les bruits de couloir. De manière générale, je prends toujours le
thermomètre des humeurs avant le départ au chantier pour
m'assurer de savoir qui aura plus besoin d'attention ou
d'enveloppe.
Cette étape avant de
commencer le travail en équipe est
importante. Elle a quelque chose de très réaliste qui consiste à
rendre visible: mettre en lumière
les parasites, donc les facteurs perturbateurs du comportement.
Ensuite, après avoir perçu les portes d'entrées des problèmes,
il est possible d'agir en conséquence afin que chacun soit au
meilleur de sa forme intérieure pour bien travailler. Le simple
fait de percevoir les problèmes suffisent à les résoudre. S'il y
a des choses à déposer, nous prenons alors le temps de les déposer,
d'en parler, avant même de toucher un seul caillou. Surtout même
avant de toucher un seul caillou. Il se passe quelque chose de
remarquable, on prévient aussi
tout accident de chantier et des erreurs de travail. Autrement, par expérience, je sais
que ce temps que l'on a perdu pour restaurer nos petits bobos
d'âme est largement récompensé durant tout le reste du chantier.
En tout et pour tout, il ne nous
jamais rien arrivé lors de nos travaux. Même lorsque nous étions à Concise durant 80
jours, et que je n'avais pas la "Chose"(le portable) sur le chantier,
eh bien, tout s'est bien passé. Comme quoi, quand on laisse la
vie faire son travail, le bon sens devient la plus sécurisante
et la plus protectrice des normes. Il vient s'ajouter à cela une
qualité de vie car la qualité de vie tire sa substance du bon
sens et de la simplicité.
*****************************
Comment
sommes-nous rentrés en résonnance avec l'esprit du lieu? Chacun
l'appellera comme il voudra, âme, esprit, être, ambiance,
atmosphère, œuf philosophique! Qu'importe les mots, dans la
mesure où ils s'intègrent à notre sensibilité et à notre
entendement afin que l'on puisse se comprendre les uns les
autres, mais surtout, se mettre en mouvement et en relation dans
des actes concrets de la vie. Bien
que les mots ne sont pas ce qu'ils nomment, nous en avons besoin
pour nous exprimer et communiquer. A nous d'apprendre à bien les
utiliser, à traiter les paradoxes, à écarter les poseurs d'obstacle et
transformer les
complexités, pour créer une dynamique qui stimule le
rassemblement, disons, de nouvelles forces qui nous portent vers
un avenir grandissant.
Il
va de soi, que lorsque nous sommes sur un lieu pour y œuvrer,
tout comme notre biographie, le lieu a une histoire, donc un
passé qui véhicule des variations subtiles de la réalité de son
imprégnation. Il se présente tel qu'il est à l'instant où on le
rencontre pour la première fois, et nous faisons pareil, même si
nous ne la savons pas. La résonnance est instantanée, tout se
sait et tout se voit. Nous amenons sur le chantier des facettes
de ce que nous sommes. On peut rien
planquer. Si nous avons des problèmes, si nous sommes stressés,
les sentiments courroucés, et si et si.... avec toutes les
raisons valables qui défilent comme d'indispensables justifications à nos états d'âme.
Hé bien,
tous ces éléments perturbateurs de la vie de l'esprit seront
avec nous et ils se manifesteront dans le déroulement du
travail. Il s'agit de restaurer nos états d'âme et souvent les
incompréhensions qui ont heurté de plein fouet "p'tit je".
Ah "p'tit je", il en fait des cagades au
quotidien. A se demander ce que serait la vie sans "p'tit je".
L'intellect est un champion du monde pour justifier le mal être
et le risque serait de se
complaire ensuite dans cet
état de givre de la victime idéale. Cela peut paraître banal, mais cet aspect du
métier de la pierre sèche est considérablement à soigner et à
prendre très au sérieux. Cette première étape sollicite une
posture d'accueil et d'écoute profonde autant envers le lieu qu'envers soi-même.
Une des qualité de ce métier, c'est d'écouter,
ensuite de
discerner avec notre corps tout entier ce que nous enseigne le
lieu. Cela a un effet universalisant. Pour cela, il est impératif de donner rendez-vous à nos
problèmes à une autre date du calendrier. Cette étape de la rencontre n'est pas
anodine. Elle révèle une cadence, un rythme, une mesure, un
baromètre, une ambiance, un état de conscience nouveau. Elle peut nous dicter des solutions à
des problèmes techniques, nous inspirer fortement sur la
réalisation du mur, créer un espace nature, fontaine, avec la
notion des cinq éléments, où poser les pierres afin
d'économiser nos efforts, où les trouver, quelle types de
pierres s'inscriraient harmonieusement avec
l'environnement, proposer des murs en terrasse au lieu de faire
des murs de trois mètres de haut, etc. Une fois, il m' est arrivé de retourner
sur un lieu plusieurs fois avant de démarrer le chantier car je
ressentais des problèmes d'organisation qui n'étaient pas encore éclaircies.
Chaque
chantier est une intervention unique qui dessine, structure tout
un monde minéral dans l'espace. A savoir que nous libérons du passé un passé.
Ce n'est pas anodin. Suivant les lieux, c'est chargé d'énergie
pesante et déstructurante.
Tel serait un principe de création quand on se sent vraiment concerné. L'homme libère la matière
d'un long périple et la matière lui permet à son tour de
se
libérer. Que libérons-nous au juste? Du plomb de nos
schémas à transformer en Or Social et en harmonie paysagère! Cette action veut dire bien des choses
qui n'a plus rien à voir avec une technique ou un savoir faire
régional ou national.
Il s'agit de vie intérieure car nous avons
à collaborer avec la raison d'être des choses. Le savoir de la
pierre sèche a sa source dans cette qualité d'investigation pratique et Terre à
Terre. C'est un art de la Terre, et comme nous l'ont si
justement enseigner nos anciens: "Tout ce qui est bas est en
haut et vice vers cela". Si nous ne sentons pas adhérer nos
pieds à ce qui est en bas, ce qui est en haut ne pourra pas
advenir. On n'adhère pas à ce qui est en bas avec le cerveau
plein, pas plus qu'en apprenant et répétant machinalement des opérations mentales de systèmes philosophiques
ou des sommes théologiques des temps anciens, disons,
c'est mon avis. Un docteur Tibetain nous enseigne quatre
étapes pour aller vers un chemin de guérison.
1: la réforme alimentaire
2: l'Hygiène de vie au plein sens du terme
3: les remèdes
4: les thérapies
Mais, il dit encore, tant que vous n'avez pas pratiqué le 1 et
le 2, alors cela ne sert à rien de commencer le 3 et le 4, donc
de prendre rendez-vous.
Cette première étape aura donc la
qualité de notre état d'esprit, celle de nos intentions, de nos
transformations. Aucun livre ne serait
nous l'enseigner à la place d'une conscience pratique. En définitive, tout s'apprend avant même de
poser le moindre caillou, et ce savoir circule dans les pieds,
dans les mains, dans le cœur, le partage, l'intérêt,
l'engagement, dans cette présence que nous avons
à tout ce qui existe dans le réseau de l'instant. Le savoir est avant tout,
Intelligence de
Vie. Il est partout à chaque instant et dès que l'on commence à
l'écrire pour des fins qui ne sont pas au service de la vie, à
vouloir ensuite le nommer dans des décors, il perd
automatiquement de sa substance. Il n'est donc pas question de diplôme,
de prestige, d'opérations
mentales et encore moins
d'intellect qui décortique, dont la fonction est de séparer la vie, en tous les cas,
de compliquer les situations, de générer des urgences, des
diplômes, des
conflits, des castes, des
normes à tout casser, des lois, des systèmes de surveillances et de
mettre sous pression des faits, des phénomènes et des hommes, de les
interpréter dans le sens de la séparation, de créer des
zones d'ombre, des paradoxes pathologiques et de ramener ensuite dans le passé, un "je" au centre de
l'œuf.. etc...
Toute science qui ne nous propose pas
la relation mérite notre plus grande attention. Le savoir me
semble t-il est en
premier lieu pratique. A mon sens, il
s'agit de s'arrêter pour identifier nos actes et voir s'ils sont
justes, quitte à les rectifier au fur et à mesure. C'est déjà un bon critère
de discernement dans tous les domaines, rigoureux à assumer,
j'en conviens. Notre capital santé en dépend. Mais vivre sous
pression et sous stress est à éviter surtout quand on sait que
nombre de maladies tirent leur origine de ce déséquilibre. Les
industries pharmaceutiques et toutes les sciences matérialistes
dépendantes de la chimie ne trouveraient pas leur compte si
l'homme prenait soin de sa vie intérieure, car il serait
immédiatement en meilleure santé. La souffrance est
malheureusement un marché juteux. La chimie peut calmer
provisoirement des souffrances, mais elle ne permet pas
d'insuffler une dynamique vers un chemin de guérison. Une
souffrance reviendra toujours dans le temps, sous une forme ou une
autre, tant qu'elle ne sera pas traiter au cœur même de ce qui
l'engendre. Il y a tellement
d'enjeux que des spécialistes inventeraient immédiatement
des maladies, des épidémies, des lois, des vaccins, de nouveaux médicaments poisons pour étouffer des sciences vivantes,
pour maintenir un système pathologique tant les complexités
sont étranglées par des intérêts économiques immenses de conséquences.
Comme le disait si justement les anciens, un bon docteur est un
docteur qui n'a plus de patients.... et ils disaient vrai....
Quant à Paracelse, qui nous confiait que le seul remède pour
l'homme est l'homme, je crois qu'il nous confia ce jour-là un
grand secret. En ce sens, que nous sommes (l'homme), un moyen d'évolution
les uns pour les autres, sans fin. Je me suis permis ce petit
détour, un bref avant propos, car il me semblait important de
rappeler qu'à travers un travail artisanal, il y a des valeurs,
des enseignements, qui, sont si souvent oubliées au détriment
d'un monde d'apparence, de performance, de surface et de normes qui envahissent
tous les domaines de notre contexte social où on ne prend
plus guère le temps de partager son métier ni de réfléchir
autrement que par le calcul et la mesure.
II : L'esprit d'équipe
Sommes-nous
seuls dans la construction en pierre sèche? Guère. "Seul" et
"Soi" se ressemblent comme deux gouttes d'eau, va savoir qui
fait la goutte et qui fait l'eau? " sourire"..
Il me semble que
ce type de travail appelle au partage d'homme et vu les
tâches, chacun pourra jouer son rôle dans la communauté des
bâtisseurs. Oui, j'insiste là-dessus, même celui qui ne peut que travailler
assis a cause d'une situation de handicap, et qu'il nous remplit
des petits cailloux dans des sots doit être considéré
comme un bâtisseur. Il y a des travaux pénibles sur un
chantier, des tâches ingrates, et ceux qui portent ses
fonctions doivent être honorés tant leur courage est digne des
héros de la grande Odyssée. A ce sujet, je peux témoigner
avoir vu l'enthousiasme défier toute formes de raison et
accomplir de grandes prouesses.
Personne
ne doit être sous estimé du fait qu'il exerce un travail
différent de l'autre. Les compétences prennent leur sens dès
lors que nous sachons les reconnaitre et les valoriser chez son
partenaire. Le bâtisseur, c'est l'équipe, sans
aucune exception. C'est la base fondamentale pour aller vers la
création. Même si celui qui a plus de compétences joue le rôle
de chef d'orchestre, la musique jouée tire son origine d'un
ensemble, et si le chef d'orchestre a pu développer ses compétences, c'est avant
tout grâce aux autres membres de l'orchestre. Un principe
d'unité porte et guide toute l'équipe. Même
ceux qui ne font pas partie de l'équipe et qui nous permette de
partir, de quitter notre institut, sont par là-même des
bâtisseurs homéopathiques. C'est cette force qui permet de
déplacer des montagnes. Tout comme une famille, chacun est au
service de la famille et la famille est au service de chacun.
Cela implique de saisir que nous devons nos dons de vie grâce à
la présence de l'autre. En outre, je comprends bien que ce vide
(espace de création et passage de vie) peut faire peur car il
peut remettre en question toute la certitude du "je"...
Lorsque chacun sait ce qu'il doit faire, il se définit,
ce qui n'empêche pas de changer les tâches en cours de route
selon les besoins, les imprévues et les adaptations. Encore une
fois, se définir empêche aux zones d'ombres d'interférer dans le
travail d'équipe. Souvent, lorsqu'il y a des problèmes, cela
vient que les tâches ne sont pas définies ou alors elles ont été
mal comprises à leur base. Je passe le temps qu'il faut afin que
l'équipe intègre cette étape de la répartition des tâches et je
vérifie que tous aient compris. Comme il y a cadence, rythme,
sur le chantier, je revisite cette étape pour m'assurer que
chacun trouve sa fonction. Et au fur et à mesure que le chantier
avance, la fonction suit la progression du mur donc il y a des
adaptations, des transitions. Il peut y avoir un moment où tout
le monde arrête ce qu'il fait, moi compris, par exemple, nous
remplissons tous derrière le mur pour un temps. On comble, on
cale, on harmonise la queue du mur, le drainage, etc... et
suivant la préparation qu'il y a eu avant avec d'autres
partenaires qui on fait le terrassement, il se peut qu'il y ai
eu des erreurs d'évaluation de la profondeur du mur. En général
trop profond... donc en notre défaveur, c'était pas compris dans
le devis, et après la machine n'est plus là.... etc.... et
il faut combler, etcétéra... Allez Zou! c'est parti....
III: La Fondation, Le soulier. L'ancrage... Le lien... Le seuil....
La reliance... la volonté, les racines, les pieds, l'intention,
le silence. Régulièrement, on me
demande s'il faut une semelle en béton. Je réponds: est-ce que
nous avons du béton sous la plante de nos pieds pour adhérer à
l'écorce terrestre. Non, que je sache!
 
Bien que le béton soit nécessaire
dans la construction moderne, dans notre cas, cela fait de
grands frais, cela empêche le lien naturel de se faire
avec la Terre, et surtout, dans le cas d'une construction en
pierre sèche, cela ne sert à rien si ce n'est retenir de l'eau
qui attendra le dégel. Déjà, si vous avez un client qui a une
tendance intellectuelle, c'est un premier fait qu'il nous faut
partager et expliquer avec conscience et patience. Réduire les
frais du client, se mettre d'accord avec lui et s'allier au bon
sens de tout l'ensemble est un acte d'intelligence.
Ce n'est point parce que
plus c'est dur sur le sol que plus cela tient... C'est la
mission de la Terre de nous porter, de porter toute construction
en pierre sèche. Mais l'aurions-nous totalement oublié?
Vous n'avez jamais vu dans des jardins, des environnement
autrefois naturels, des couronnements de pierres maçonnés, des
bouts de murs crépis de ciment tout gris, cela tient un certain temps, et puis
après, cela se fissure, cela se lézarde et des personnes y
repassent encore une couche par ici et par là. Et cela fait un
de ces mal aux yeux... et aussi au cœur... La peur et
l'ignorance font faire des choses incroyables, et par surcroit,
ces tares nous empêchent
d'être en relation avec les éléments de la vie, donc avec une
véritable
partie de nous-mêmes, de notre région, des gens du pays, des
traditions et des savoirs.
Autrefois, il y a 25 ans précisément, à
l'abbaye de Bonnecombe, ( mouvement de non violence, l'ARCHE) dans l'Aveyron, j'avais recréer avec une
équipe, un mur à sec de six mètres de haut sur cinq de long
environ, ( voir page photo) et vous savez pourquoi, ce mur
entièrement maçonné avait explosé, lors du dégel. A cause du
ciment qui empêchait la
vie de circuler librement derrière le mur. Si fort qu'il semblait dans ses niveaux d'apparences, ce
haut mur est tombé comme une galette.
Il y avait des infiltrations souterraines, des racines d'arbres,
et un beau jour, au premier dégel du printemps, l'énergie de
l'eau s'est libérée de ce qui voulait l'emprisonner. Et grand
boum! Ouf!!
Des espaces vides sont vitaux derrière
un mur, tout comme l'espace qui dans notre corps a ses zones
vides pour permettre des voies de passage de la vie. Si on
cimente tout sans laisser d'espace, et du drainage naturel,
voilà ce qui arrive. Mais par expérience, je sais qu'il est
inutile de partager un savoir ou un enseignement oralement avec
une personne qui n'est pas en mesure de l'accueillir, pour cause
d'ignorance et d'orgueil. C'est une réelle perte de temps
et par surcroit c'est le renforcer dans son ignorance et dans son orgueil. L'écriture est pour cela un bon
moyen de transmission, bien que son autre aspect est de figer
aussi une autre part de la vie. Chacun prendra ce qu'il voudra. Vouloir partager une science
vivante avec un esprit restrictif est comme parler avec un sourd
dit le proverbe, quoique, un véritable sourd comprend réellement
ce que vous lui dites par l'intensité de votre intention, et il
saura faire la transformation.
Par exemple, une personne trop préoccupée par le monde matériel
et argenté(gling gling),
aura tendance à vouloir une fondation en béton avant de
commencer à monter le mur, avant même de savoir s'il y a une autre
solution, un autre point de vue, et même s'il n'a jamais touché
un caillou de sa vie; il sera persuadé que c'est cela qu'il faut
faire, une autre, peu enracinée commencera directement avec des
petites pierres à même le sol. Il perdra pied comme on dit. Ce
n'est qu'une caricature d'ignorance intellectuellement acquise.
C'était juste pour montrer les polarités que l'on peut
rencontrer quand on fait ce travail depuis longtemps. Souvent,
ce sont des gens qui ont fait des hautes études, mais le savoir
n'est pas une affaire de cerveau, de connaissances livresques
accumulées dans la clôture mentale, mais
d'ici que ce soit compris dans les écoles!
La semelle de béton ne va pas
induire une existence propre au mur. Il va falloir mille et une
circonstances pour que le mur existe et ce sont ces mille et une
choses avec lesquelles le constructeur doit être en relation. Le
mur n'existera pas pour lui-même. Il aura une fonction, la vie
viendra à sa rencontre à travers des règnes de la nature, les
herbes, les insectes, des petits animaux, des adultes et des
enfants pourront
aussi s'en émerveiller, etc.... Demandons-nous très sérieusement
à chaque chantier sur quoi nous prenons racine pour élaborer un
chantier?
Tout travail spécifique, qu'il
soit d'ouverture, physique, spirituel, de développement
intérieur, de partage, d'épanouissement, commence par la fondation, par
l'enracinement, donc, c'est une étape qu'il ne faut pas
négliger car elle va accueillir le reste du vaisseau minéral et
la suite de nos capacités.
Personnellement, par expérience, j'ouvre
toujours la terre avec une bèche sur 15 20 ou 30 centimètres, cela dépend bien sur des pierres, de la
hauteur du mur, du terrain, de la pente, etc. Il faut discerner
à chaque fois. Je veille toujours qu'une
partie de la pierre de fondation soit en terre et que l'autre
partie soit à l'air avec un certain équilibre de séparation, et
bien entendue, posée dans le sens où la Terre a vu naître le
caillou qui chante, pareil à la rivière dans son lit. Et si on a des
intentions nobles, des pensées à placer dans la fondation, c'est
donc le moment de les déposer. Du fait que la fondation est un
point de départ, c'est une étape difficile qui demande beaucoup
de conscience et des efforts physiques, surtout lorsqu'on a
plus 20 ans.
Les pierres sont en totale promiscuité. J'utilise les plus
grosses, surtout celles que je sais que je pourrai plus
lever seul après. Je surveille comment elles occupent l'espace et
j'anticipe sur le deuxième rang que je devine. Quand je pose,
simultanément je pense à l'accueil que la pierre offre. Si la
surface est amorphe, cabossée, il y aura problème de structure. Soit on
taille et cela prend du temps, il faut évaluer si cela vaut la
peine. De toute façon, il est préférable de corriger. Mais
si je veux me débarrasser d'une pierre par facilité, parce
qu'elle est grosse et fait à elle toute seule deux ou trois rangs,
je retrouverai le problème après. Souvent, des pierres que
l'on croyait super doivent être démolis pour servir de cales de
remplissage derrière et c'est plus sage ainsi, car après, on est
obligé de caler comme un malade pour que cela tienne et ce n'est
pas toujours très fiable. L'horizon de surface des pierres, les
assises, donc
la partie qui va accueillir le reste du vaisseau est le critère
d'observation et d'évaluation. On peut caresser cette partie
pour ressentir les chemins de pose. Cet acte de conscience aide à développer
la sensibilité et à comprendre le langage caillou.
Sinon, les pierres de fondation, tout comme les pierres de
couronnement se touchent, s'épousent,
arrêtes latérales contre arrêtes latérales dans le maximum de
leur possibilité, formes contre
formes, le plus que l'on peut, avec un calage latéral
impeccable, avec aussi une sorte de deuxième fondation faite
avec des pierres si cabossées que l'on est content de les avoir
pour cette fonction. Ces pierres difformes renforcent l'affront
fait au terrain. Elles font front à la colline ou à la pente,
donc il faut aussi les poser dans le sens du lit d'une rivière,
et les croiser pour assurer une solidité parfaite. Un siècle
peut passer après, tout tranquillement. Cela n'aura pas
bougé d'un pouce. Personnellement, j'adore
remplir avec des petites pierres les espaces vides, quand on
peut en disposer à volonté, évitant bien entendu
toute utilisation de terre. Cela aide aussi à
faire un bon drainage et à renforcer la compactibilité de cette
partie invisible du mur.
Nous pouvons faire l'expérience de se balancer, de laisser aller
notre corps lentement vers l'avant, sur l'avant des pieds et
vers l'arrière sur nos talons, dans un sens et dans l'autre,
comme si nous étions un pendule qui s'amuse.
Observons quand nous trouverons le point médian entre ces deux
balancement dans l'espace. Nous aurons l'image de la fondation,
de la connexion,
du choix judicieux, de la partie la plus archaïque du mur, de
cette zone de sécurité. L'ancrage représente notre stabilité,
nos possibilités d'avancer dans la vie, de nos actions
nouvelles, à aller de l'avant et de rendre vivant, réel,
concret, ce qui se trouve dans le monde de nos intentions. Le
passé est parti s'enraciné dans la terre pour que le nouveau
puisse être accueilli. La dimension de la focalisation permet de
voir de nouvelles possibilités et d'agir après en conséquence.
Et plus l'enracinement sera en adéquation
avec le besoin de la Terre et plus il y aura un espace vide pour
accueillir la vie nouvelle. La fondation est la mère de toutes
les directions à prendre, des projets, des créations, des
responsabilités. Elle est l'objectif en action d'équilibre,
ancrée à la Terre prête à accueillir de nouveaux rang, de
nouvelles situations.
Où suis-je dans l'espace? que vois-je? qu'est-ce que je ressens
par le toucher? Que me disent mes sens? Est-ce que je trouve
facilement le point médian, où suis-je en train de penser à une
autre étape du mur, comme projeté en avant ou en retrait?
Cet aspect de la focalisation est la base de notre attention, de
survie. On est dans l'essentiel, il n'y a pas de place au
superflue. Notre priorité est d'établir une base de sécurité.
Connecter à la terre, nous pouvons aller ensuite où nous souhaitons,
c'est-à-dire dans la pose du mur, l'élément de la communication.
Les pierres qui chantent, l'habit: Le
visage du mur, la porte des sens, la relation, la sève, le branchage, l'émotion, les
sentiments, le croisement.
Ce sont toutes les pierres qui seront
entre la Fondation et le couronnement. Le croisement va
permettre un tissage minéral et solliciter un processus
d'intériorisation. On peut se rappeler des gestes que nous
faisons quand assis en réunion, nous croisons nos pieds, ou nos
mains, etc. Autant, nous pouvons
imager la Fondation comme les membres inférieurs de l'édifice,
cette partie médiane de la structure du mur pourrait s'apparenter
au métabolisme. Lieu de transformation et de chimie par
excellence. Les pierres vont toutes se croiser donc
s'intérioriser, elle prendront vie. Le fruit du mur
donnera front et affront à la colline ou à la pente, par leur
poids orienté à l'arrière du fait de son penchant. Le mur
donnera l'impression qu'il penche un peu en avant comme s'il
était le contrefort extérieur d'une cathédrale naturelle.
Là encore, le visage va se dessiner selon les pierres à
disposition. Sur les livres, nous voyons toujours de belles
pierres, c'est bien, cela donne une image. Mais suivant où nous
travaillons, nous sommes rudement mis à l'épreuve tellement la
qualité et le choix des pierres est chaotique, voir même
inexistant. La notion de choix est un grand luxe. C'est
là que tout va se passer. Avoir le choix est le grand bonheur du
bâtisseur. Cette étape de trouver les pierres est donc
fondamentale. Il faudra des beaux parements, des moins belles
pour derrières et des tas de résidus pour les calages et pour le
drainage. Sans oublier, le Roi, donc le couronnement qui fera le
lien entre la Terre et le Ciel. Lorsque nous trouvons une
carrière qui livre avec ses camions et qui contient dans un seul
voyage tout cela, c'est que du bonheur, d'autant plus que
l'extraction n'a pas subie de dynamitage.
Dans le montage, les pierres s'épousent les unes les autres par
une recherche d'équilibre, depuis son assise, grâce aux points d'appuie droite gauche et
aussi sur les queues des pierres. Le mouvement stabilisé.
Toute pierre qui branle doit attirer notre attention soit
sur les assises à travailler soit sur les calages. S'il y a des
pierres trop difficile, il vaut mieux les placer derrière ou les
casser pour faire des cales. Parfois, on perd du temps par
facilité parce que la pierre est à portée de main et donne
certains aspects arrangeant, mais elle risque de nous embêter
sérieusement par la suite. Le visage du mur appelle au
discernement, au sens du toucher et de la vue aiguisé et à prendre le temps. L'atmosphère de travail aura aussi
son importance. N'oublions pas que la construction de la pierre
sèche est un "je" dans le jeu. Nous n'avons pas besoin d'avoir
fait des hautes études ou de sortir de la cuisse de Jupiter. Au
contraire, plus on est imbu de sciences mortes, moins on
comprend, c'est comme en géobiologie. Il
y a juste des consignes à respecter, un bon sens de la vie à
ressentir et réaliser dans tout son corps. Un enfant est par
excellence un bon bâtisseur, de
par sa spontanéité. La meilleur école est la pratique de
l'enthousiasme.
Il n'y a pas de bon bâtisseur ou de
mauvais bâtisseur. Vous pouvez placer un dit bon bâtisseur dans
un lieu ou il n'y a aucun choix, hé bien, il ne fera pas de
miracle, il se retrouvera confronter à son potentiel et à
utiliser les moyens du bord. C'est pour cela qu'il nous
faut bien discerner les livres qui nous donnent des indications
sur un idéal et la réalité des chantiers qui est complètement
différente et révèle à chaque fois des conditions uniques.
A mon sens, il est toujours préférable de trouver des bâtisseurs
du pays qui connaissent bien la région, les arbres, la faune, la
nature, les gens, les traditions. On retrouve le travail en fait
une résonnance de la Fondation, qui est celle de
l'ancrage, celle de se lier aux forces de la Terre où nous
sommes appelés à vivre avec nos semblables.
Parfois, des associations font venir
des gens d'autres pays, car ils ne trouvent personne, mais il y
a toujours des anciens qui ont l'expérience de la pierre sèche.
Il faut oser aller battre la campagne, on serait surpris. Il me
semble préférable de former les gens du pays plutôt que de faire
appel à des Ecossais ou à des Australiens qui n'en sauront guère
plus que notre bon paysan, homme de la terre pour qui le bon
sens de la vie n'a pas de secrets! Mais certes il
est plus facile de porter une reconnaissance à ce qui nous est
étranger plutôt qu'à l'homme du pays. Va savoir pourquoi nous
allons chercher loin ce qui se trouve dans le creux de nos mains ?
L'écolage, l'instruction n'est
pas une guerre de chapelle et de comparaison, mais une histoire
de choix de pierre, de moyens de mise en oeuvre, et surtout d'amour pour notre travail.
L'amour nous amène à la connaissance mais pas l'inverse. Ainsi
la connaissance nous amène à faire et à trouver les moyens de
mise en oeuvre.
La
technique en soi n'est qu'un jeu dont les dés sont les strates
de sédimentation de la pierre posée horizontalement. La pratique est une audace
et l'audace c'est du génie.
Faire est un engagement total. Les hommes de la Terre, des
montagnes, les hommes simples, sont de bons guides pour
enseigner et pratiquer ce type d'activité. Les mains sont un prolongement de notre cœur, le
meilleur outil. Les quelques bâtisseurs que j'ai pu croiser
durant ma vie étaient tous des gens simples, généreux, sans
jugement de comparaison avec d'autres chapelle ou de systèmes de
croyances, et avec un sens
de l'humour particulièrement présent. Ils portaient tous la joie
de vivre sur leur visage. Ce sont avant tout les hommes du pays,
de tous les pays. Oui, il est vrai que sans humour, il y a guère
de bon métier.
Si les
traditions se perdent, il est préférable de les retrouver, de
les actualiser, avec le potentiel de notre région. Et surtout
former les gens du pays plutôt que de faire venir des gens
d'ailleurs pour rénover notre patrimoine. Les valeurs et le
suivi seront ainsi garanties à travers les âges. Cela donne du sens, du bon sens, ouvre des projets
nouveaux et cela créer du lien social dans la région. Cela engendre
aussi de la culture et la culture, c'est l'oxygène de la vie
sociale dont nous avons tous besoin. Cela appelle la vie.
Dès l'instant où la notion de choix est là, même un débutant
supervisé par un ancien peut réaliser un mur tridimensionnel
sans aucun souci. Le reste n'est qu'expérience, et surtout prendre son temps.
Notre bien le plus précieux. Autrefois, les anciens prenaient
le temps pour faire du bon travail. Le stress, l'intellect, les
problèmes de femmes, les
soucis et
les chiffres ne rentraient dans
aucune prairie, dans aucune collinette.
Ce duo qui est le
Choix des pierres et le Temps est un incontournable, et souvent
les bâtisseurs sont mis à rude épreuve devant ce fléau car nous
ne prenons guère en compte nos rythmes biologiques. Parfois,
pour ménager sa santé, il est préférable de refuser un chantier
que de travailler pour un client excité de la pulpe qui veut que
tout soit fini tout de suite, en payant le moins cher.....
Genre de clients donc à éviter, il vaut cent mieux manger des
patates que de se prostituer....
Une fois compris le bon sens du croisement, par le toucher, la
vue et le ressenti, nous avons la liberté de créer l'expression
de ce visage. La technique au service de l'imagination. Et là
encore, c'est à notre enfant intérieur à qui il faut s'adresser.
Le visage, c'est la partie visible du mur. Tout comme avec les
beaux yeux de braise d'un être féminin qui nous attire, c'est
une rencontre étoilée à soigner et souvent à élucider dans le
sens de l'art. Quant à la partie invisible du mur,
celle qui s'adonne au talus, je dirais que plus nous avons de
pierre pour faire affront à la pente mieux sait, en croisant
aussi les pierres, pour renforcer la stabilité de l'ouvrage. Il
nous faut aussi discerner la pente du mur, l'état de la Terre,
la hauteur du mur, voir s'il y a des arbres proches, des
infiltrations souterraines etc...
Juste derrière les pierres de parement, le calage des visages et
aussi remplir les espaces vides assure fondamentalement la fermeté
du mur, la stabilité. Dans le choix du tri, lorsque nous avons des pierres qui
ont une longue queue, c'est un cadeau. Ces pierres bateaux traversent le
mur et cette pénétration donne de la stabilité et de la facilité
de construction.
Le drainage viendra faire le lien et aura la fonction de
philtre, de soutien, de liaison, un peu comme la fonction de nos reins. Tous les déchets
sont les bienvenues, tuiles de toits pourries, caillasse,
déchets de chantiers, pierres amorphes, gros
gravier triangulaire, etc. Là encore, par principe et bon sens, si nous avons
l'abondance de pierres pour drainer, c'est tant mieux, plus la
distance entre la terre et le mur est grande, mieux sait. Cela
respire des deux côtés. Le mur en lui même est une structure
drainante et une structure de l'espace. Et ô combien nous savons
que la vie est espace. On voit bien ce qui se passe en
nous-mêmes dès que nous manquons d'espace dans nos vies, notre
système nerveux en prend un coup sur la bourrique, ainsi, "p'tit
je" se déracine et sautille de conflits en arrêt maladie.
Durant cette étape médiane de la
construction, nous pouvons imaginer des niches, des voûtes,
et surtout
toutes sortes de formes
dans la forme initiale comme créer des soleils dans l'appareillage,
(voir Languedoc), pour
accueillir une dynamique et une sensibilité nouvelle de la
vie. Et quel bonheur que d'intégrer le règne végétal en fin
d'ouvrage, que d'apporter de la couleur. Après tant d'efforts, je me
souviens de ces moments merveilleux lorsque nous placions de la
végétation dans les niches.
Evidemment pas sur des murs de pâturages, donc des murs
tridimensionnels, ce serait moins adéquat. Il nous faut laisser
l'intelligence de la vie faire son travail et discerner le subtil de l'épais.
Comme exercice, on peut faire l'exercice de la Dandinette, lié à
la communication. La latéralité peut être vue comme une ligne
médiane de traitement. Celle qui traverse notre corps au milieu. On
peut balancer son corps de droite à gauche et sentir la
latéralisation en nous. Ressentir si nous penchons trop à gauche
ou trop à droite, voir si nous sommes équilibrés dans ce
balancement. Observons si nous nous laissons aller dans l'une ou
l'autre direction. Trouvons-nous facilement notre centre,
ressentons-nous ce passage du centre comme un élément vivant?
Le côté gauche peut nous donner des pistes sur le
côté yin, recevoir, la terre, le côté féminin, le côté
analytique avec lequel nous encodons nos expériences de vie et
le côté droit avec le côté masculin, le côté yang, l'air, donner, avec lequel nous sommes imaginatifs,
spontanés et créatifs. Le croisement de ces deux aspects est un
processus d'intériorisation que l'on retrouve en croisant les
pierres.
Il est important d'équilibrer ces aspects
en nous
durant la pose, pour développer une meilleure lucidité.
L'hémisphère gauche du cerveau avec ses facultés d'analyse,
d'expression, d'encodage et l'hémisphère droit avec sa facilité de
globalisation et de réception. Notre bilatéralité nous permet de
déplacer nos yeux, nos oreilles, mains, membres, pendant que
nous croisons la ligne médiane du corps pour opérer là où se
joue la vision, l'écoute, le toucher et la kinesthésie :
aptitude à sentir les mouvements des différentes parties du
corps.. C'est
dans cet espace que nous communiquons et traitons l'information.
En tant que bâtisseur, on peut aisément faire l'expérience de
voir si nos gestes sont en adéquation avec la pose de la pierre
qui nous promène de droite à gauche durant la pose. A quoi est`-ce que je pense lors de mon travail? Est-ce que ce à quoi je
pense est relié à ce que je suis en train de faire? Qu'est-ce
que je ressens émotionnellement? Suis-je capable de comprendre
les difficultés durant la création du visage du mur? On peut
faire des liens entre nos propres appuies et ceux du fondement de la
construction à sec, qui est d'établir des appuies qui
stabilisent chacune des pierres avec ses voisines dans
l'espace tridimensionnel.
Le couronnement, le Chapeau: Le lien entre le haut et le bas,
entre le haut et l'espace... le
centre.
Suivant, les régions, il y
a des couronnements verticaux ou horizontaux(bétail). Tout comme la
Fondation, c'est une partie pénible et exigeante de la
construction. Les couvertes sont lourdes, homogènes et
représentent une ligne de force bien répartie qui unifie
l'ouvrage. L'avant dernier rang sera donc le trône où reposera
la couronne. Cet
avant dernier parement est une partie de transition, de seuil,
toute particulière du mur qui appelle à un équilibre, à une
ligne d' horizon qui résonne avec le sol de la fondation. Là
encore, bénies soient les pierres plates, petites, équilibrées, triées au
départ et prévues pour cette fonction de recevoir l'alignement des pierres de
couronnement. Et lorsque les pierres de couronnement ne sont
pas là, alors il nous faut improviser avec ce que l'on a à
disposition en attendant si possible d'en trouver afin
d'élégantiser son Seigneur Minéral. Le calage est toujours de
rigueur, l'idéal serait que les pierres s'épousent un maximum, arrête contre
arrête. On peut finir en rappel, avec des pierres plates qui se
croisent et le drainage en guise de lien final. On suit en fait
le même schéma du montage mais avec une finition soignée. Le mur
est en fait un drainage vertical élaboré.
C'est un partie éprouvante, car il faut monter les pierres sur
le trône. Nous sommes physiquement mis à l'épreuve et parfois il
est indispensable d'être deux pour les poser et protéger son
dos.
Comme exercice, on peut faire l'exercice du déplacement
vertical, de laisser aller notre corps monter sur les orteils
puis de redescendre en fléchissant les genoux. Est-il plus
facile d'aller vers le haut ou vers le bas? Trouvons-nous
facilement le point médian entre ces deux positions? Dans quelle
position sommes-nous plus confortable?
Cette dernière dimension est la base de l'intelligence
émotionnelle, la source de nos joies de nos passions, sensation
d'exister et capacité à agir avec les autres.
Généralement, quand le mur est fini, on s'arrête tous. On prend
du recul, et on regarde, en adoptant la posture de l'enfant qui
s'émerveille. C'est la fête, un mur de pierre sèche vient
d'être réaliser. Voici qu'il nous semble appartenir à la Terre
et aux merveilles qui l'ont construite, une continuité de la vie
en nous... Cadeau.....
Ces trois exercices, ces trois dimensions, s'interpénètrent
mutuellement. Ces exercices sont aussi comme un baromètre de
notre comportement que l'on peut intégrer aux tri-dimensions du
mur. La fondation qui nous fait travailler l'ancrage,
l'enracinement, l'identité, le visage du mur qui fait appel à
notre initiative, la joie de nos sentiments, notre imagination,
à notre potentiel de créer avec les autres et le couronnement
qui est le dernier lien entre le sol et l'espace, qui par la
clarté de la pensée, de la structure, vient parachever
admirablement l'ouvrage.
Nous pouvons aussi faire l'analogie avec le Hara. Si on se place
régulièrement dans notre hara, à tout moment du chantier on peut
se sentir à l'aise durant les trois étapes de construction. Le
hara est aussi l'alignement de l'épine dorsale, qui nous permet
totalement présent à ce que nous faisons. Emanant de cette
verticalité intérieure, notre corps physique ne penche pas à
droite ni à gauche, ni en avant(futur) ni en arrière,(passé)
nous ne sommes émotionnellement pas trop en bas dans les
tréfonds de la terre ni éparpillé dans les hauteurs. De la
qualité de notre centrage dépendra la qualité de l'ouvrage.
On peut se rappeler notre première arrivée sur le
chantier, l'état des lieux. Et ressentir ce qui a changé en nous
et ce qui a changé aux alentours du mur, sur le plus de points
de vue subtils possibles. Là encore, il suffit d'arrêter le
bavardage cervelesque, de rester en silence et d'écouter la vie
parler à notre coeur.
Partager ses observations dans l'équipe est un cadeau et nous
pourrons en retirer un réel bienfait. Cette posture renforce
notre attitude d'éveil à tout notre
environnement immédiat....
à suivre...
***
Prochainement...
Deux aspects énergétiques du mur de soutènement (en
construction)
Le mur de type horizontal ( pierre
de Vollège, pierre plate, homogène),ligne de force dont les
croisements s'ajustent en suivant l'horizon. Leur apport
énergétique sur l'environnement. Jouer avec la pause, avec les
pierres qui contiennent plus du fer... leur placement dans
l'appareillage, etc...
Le mur de type Mosaïque ( le Tout
Venant, pierre amorphe) ligne de forces dont les croisements
s'ajustent par les courbes... son aspect énergétique, sa
rondeur, le soin particulier à apporter derrière les premières
assises
***
Support de cours II:
Le mur Tridimensionnel / rencontre de deux murs de
soutènement... trois plans de l'espace, six dimensions... les
moyens de mise en œuvre... les choix des pierres, les
boutisses etc...
Le mur Unidimensionnel (îles
d'Aran), pierre amorphe, une seule pierre fait le mur, le
croisement s'ajuste par l'équilibre et le poids. La
fonction, la nécessité, la volonté, le défi, l'incroyable....
En souvenir de nos Anciens....
Les outils, massette, burin, têtu, des gants, les mains....
et parfois, selon les circonstances, rien d'autre que ce que
nous sommes....
|